Retour
Sommaire |
Le
TRAITEMENT de l'DÈME VEINO-LYMPHATIQUE
des MEMBRES INFÉRIEURS
The TREATMENT
of VENOUS SWOLLEN LEGS
P. BLANCHEMAISON
113, avenue Victor Hugo, 75116 PARIS.
L'dème veino-lymphatique
est la conséquence d'un dysfonctionnement des échanges liquidiens
entre les capillaires et les espaces intercellulaires. Il s'agit d'une pathologie
chronique et évolutive ; un traitement bien conduit doit permettre d'éviter
l'évolution vers la fibrose irréductible.
Le traitement de l'dème
veino-lymphatique (1) comporte trois volets :
- la réduction physique
de l'dème par les techniques de contention et les drainages lymphatiques
manuels ou pneumatiques ;
- le traitement médicamenteux
;
- la physiothérapie décongestive
: gymnastique vasculaire, cures de déclivité, hydrothérapie.
LA
RÉDUCTION PHYSIQUE DE L'DÈME
L'application d'une technique parfaite
de contention est la base du succès thérapeutique dans l'dème
vasculaire. Les progrès récents obtenus par les fabricants aussi
bien dans les matériaux utilisés que dans les techniques de fabrication
doivent faire oublier son ancienne image d'inconfort et de disgrâce. La
vaste gamme des produits aujourd'hui disponibles permet de proposer dans presque
tous les cas une contention efficace, confortable et esthétique. Le but
est d'obtenir une augmentation de l'observance, clef de l'efficacité
clinique.
Deux principes de base sont à
respecter pour l'utiliser correctement :
- la pression exercée par
la contention doit être dégressive, plus élevée
au niveau de la cheville et de moins en moins élevée au fur
et à mesure que l'on se rapproche de la racine du membre ;
- cette pression doit être
répartie de manière continue sur chaque centimètre carré
de peau. Il est souvent utile d'utiliser un système de capitonnage
par coussinet de varicomousse (R), notamment dans les creux rétromalléolaires
en cas d'dème important.
- D'une façon pratique,
la contention utilisée dans le traitement de l'dème veino-lymphatique
doit suivre les règles suivantes :
- mise en place le matin au réveil
sur une jambe dégonflée ;
- utilisation d'emblée
d'un bas cuisse ou d'un collant de contention de force II en cas d'dème
vespéral (bas cuisse autofixant, ou collant ou bas jarret) ;
- en cas de lymphdème
non fibrosé, une force III est nécessaire.
L'observance du traitement passe
par les éléments suivants :
- convaincre, c'est-à-dire
expliquer l'intérêt de la contention sur l'évolutivité
à long terme d'un dème vasculaire,
- dans la mesure du possible,
permettre l'essayage de la contention avant l'achat pour s'assurer de l'absence
de zones de striction ;
- présenter les différentes
techniques de pose et la possibilité d'astuces pratiques d'enfilage
: par exemple, la superposition de deux collants de classe I peut être
proposée pour obtenir une force de contention proche de la classe II
;
- contrôler la bonne dégressivité
: la plupart des contentions non supportées proviennent d'une zone
de striction inguinale ou abdominale ou d'une zone d'hyperpression qui peut
être soulagée par les techniques de capitonnage,
- pour conserver toutes les propriétés
élastiques du tissu, il faut expliquer son entretien et la nécessité
du lavage à la main en évitant les détergents agressifs
pour les fibres élastiques.
- Le drainage lymphatique constitue
l'autre pilier de base du traitement physique des dèmes veino-lymphatiques
(2). Il doit être effectué par un kinésithérapeute
formé et régulièrement entraîné. Deux méthodes
sont possibles :
- soit des séances de drainage
lymphatique manuel complètes d'une durée de 45 minutes associant
des manuvres d'appel et des manuvres de résorption après
avoir drainé les zones ganglionnaires proximales ;
- soit un drainage manuel des
zones ganglionnaires proximales suivi de séances de pressothérapie
pneumatique utilisant des bottes gonflables en compartiments séparés
et surtout utilisant le principe du double gradient de pression, seul garant
d'une dégressivité correcte. Les protocoles sont longs, comportant
deux à trois séances d'une heure chacune par semaine. Les résultats
doivent être maintenus par la mise en place d'une contention adaptée.
La pressothérapie peut également
être assurée par des appareils au mercure assurant la meilleure
dégressivité possible mais obligeant le patient à rester
debout pendant toute la séance.
LE
TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX
Il utilise en première intention
des médicaments lymphotropes ou phlébotropes visant à améliorer
la résorption des liquides interstitiels. Les produits à base
de coumarine, de diosmine, de ruscus et les dérivés d'oligomères
procyanodoliques sont habituellement proposés.
Les diurétiques n'ont pas
d'indications à long terme. Ils sont parfois proposés en cures
très courtes pour amorcer un processus de résorption.
L'antibiothérapie n'est
proposée qu'en cas de poussée de lymphangite, complication fréquente
des lymphdèmes chroniques non traités.
LA
PHYSIOTHÉRAPIE DÉCONGESTIVE
Les deux premiers volets du traitement
permettent d'obtenir une décongestion de la jambe qui retrouve son volume
initial. Il ne s'agit cependant pas d'une guérison mais seulement d'un
état asymptomatique de l'dème. Une phase de consolidation
est nécessaire pour éviter une récidive.
La gymnastique vasculaire active
pratiquée par le patient lui-même chaque jour à son domicile
permet d'agir sur la synergie muscle-veine-lymphatique et de conserver de la
mobilité articulaire.
Les exercices les plus importants
sont ceux qui demandent la mobilisation des articulations des orteils et des
chevilles. Voici quelques exercices de base :
- allongé sur le dos, les
jambes à l'équerre plaquées contre le mur, main sous
les fessiers, les pieds sont tout d'abord posés à plat contre
le mur : il s'agit ensuite de les faire ramener le long du mur vers le haut
en mobilisant les orteils tout en gardant le contact de la plante du pied
avec le mur ;
- toujours sur le dos les jambes
à l'équerre, mouvement de rotation des pieds et des chevilles
;
- allongé sur le dos, les
jambes au sol et les bras le long du corps : flexion plantaire et flexion
dorsale des pieds afin de mobiliser au maximum les articulations des chevilles
;
- debout face au mur, les pieds
éloignés de 30 cm de la base du mur et les mains en appui contre
le mur : extensions répétées sur la pointe des pieds,
- allongé sur le dos, les
bras le long du corps et les jambes au sol, inspirations et expirations en
gonflant et en rentrant le ventre.
L'action de l'eau sur les jambes
est extrêmement bénéfique depuis la simple marche dans l'eau
jusqu'aux soins de cure thermale ou de thalassothérapie. L'idéal
est la piscine de déambulation d'une profondeur d'eau de 60 cm, permettant
des périodes de marche de 20 à 30 minutes. La température
de l'eau doit être de 25 à 30 degrés, l'amélioration
des dèmes peut être constatée dès la première
semaine.
Les cures thermales sont indiquées
dans les dèmes veino-lymphatiques ; les principales stations sont
Bagnoles-de-l'Orne, Barbotan, La Léchère, Luxeuil, Dax, Aix-en-Provence,
Argelès, Saint-Paul-les-Dax, Saint-Sauveur-les-Bains.
Le dernier volet de la prise en
charge médicale est la prévention des poussées évolutives
et l'application des règles d'hygiène veineuse. En cas de lymphdème,
il faut prévenir et traiter les mycoses des pieds et tout traumatisme
cutané pouvant être responsable d'une poussée de lymphangite.
Dans la mesure du possible, il
est nécessaire d'agir sur l'excès de poids et sur les troubles
de la statique plantaire.
Pour arriver à avoir une
bonne observance des traitements, il faut partir de la représentation
que le patient possède de sa maladie. C'est à partir de cet acquis
préalable que l'on pourra lui apporter l'information nécessaire.
Le but est de lui donner les moyens de comprendre pourquoi il faut continuer
à porter la contention élastique et pourquoi il faut éviter
les surinfections sur les petites plaies. La compréhension de la notion
de stase veineuse lui permettra de réaliser l'importance des facteurs
qui gênent le drainage sanguin : excès de poids, mauvaises postures,
strictions vestimentaires.
S'il n'existe pas de révolution
thérapeutique dans la prise en charge d'un dème veino-lymphatique,
en revanche chacune des composantes thérapeutiques a fait d'énormes
progrès : contention efficace, confortable et esthétique, techniques
de drainage performantes, meilleure compréhension de la physiopathologie.
Sur un autre volet les techniques d'évaluation et de quantification des
dèmes veino-lymphatiques ont elles aussi fait d'énormes
progrès.
RÉFÉRENCES
- Cluzan R. Les traitements
du lymphatique dans l'insuffisance veineuse. Artères et veines 1993
; 12 (2) 75-8.
- Foldi E. Physiothérapie
complexe décongestive. Éditions Frison-Roche, Paris, 1993.
©Editions
Phlébologiques Françaises 2000