
INTRODUCTION
C'est
dans les années 80 que la dissection endoscopique des perforantes fut
développée par Hauser [3]. Pour la technique opératoire
il utilisait un médiastinoscope et ainsi il introduisit la vidéo-endoscopie
pour la chirurgie des perforantes de la moitié inférieure de la
jambe. Néanmoins, il faut se rendre compte que Fischer [2] avait préconisé
la technique « par vue directe » dans les années 70. Récemment,
on a pu constater une préférence pour le procédé
vidéoscopique, ce qui va de pair avec le développement de la chirurgie
laparoscopique.
Puisque ces techniques sont utilisées de plus en plus fréquemment,
les résultats opératoires de la dissection des perforantes se
sont constamment améliorés, ce qui correspond également
à ceux de la chirurgie laparoscopique. C'est l'invasivité minimale
du procédé qui contribue à une amélioration de la
technique opératoire, parce que l'incision s'effectue à distance
des troubles trophiques. Pourtant, l'invasivité insignifiante se réfère
uniquement à l'incision chirurgicale. A présent, on ne dispose
pas d'informations suffisantes à l'égard d'un taux de complications.
Les problèmes techniques correspondent à ceux, connus dans la
chirurgie endoscopique, particulièrement en ce qui concerne les dégâts
thermiques [15].
Afin d'éviter les effets nuisibles thermiques - qui sont principalement
causés par la coagulation électrique soit monopolaire soit bipolaire
- nous utilisons la coagulation par un rayon laser. Par rapport à
la diathermie traditionnelle de haute fréquence, le rayon laser offre
une précision minutieuse en minimisant les changements d'instruments.
Le rayon laser NeodymYag fonctionne avec une longueur d'onde de 1 064 nm. L'application
s'effectue par un système de transmission flexible, muni de fibres optiques
d'un diamètre de 400 à 600 mum et entouré d'une couche
de teflon. La zone de carbonisation a une taille de 0,25 mm et la zone de coagulation
comprend 2 à 3 mm ou respectivement 5 mm, lorsque l'on utilise la technique
sans contact direct. L'hémostase et l'obturation des vaisseaux sanguins
et lymphatiques minuscules sont reconnues comme des avantages de la coagulation
laser.
Par la technique du faisceau de laser on désire éviter les complications
qui résultent de la diathermie de haute fréquence, comme les fuites
électriques par exemple.
Jusqu'à présent, nous avons traité 80 patients avec la
méthode, mentionnée ci-dessus. Chez un patient nous avons pu observer
une complication qui est indiscutablement liée à la technique
opératoire. Le patient souffrait d'une fistule artério-veineuse,
se manifestant dans la moitié inférieure de la jambe.
Puisque c'est la première fois que cette complication a été
décrite lors de la dissection endoscopique des perforantes, nous aimerions
présenter le cas.
DESCRIPTION
DU CAS CLINIQUE
Le
patient souffrait de troubles trophiques au-dessus des malléoles internes
bilatéralement et il fut admis dans notre hôpital au mois de février
1994 après que nous ayions posé le diagnostic d'un syndrome post-thrombotique
des veines fémorales et iliaques. Le patient a bénéficié
d'une dissection endoscopique de la perforante et d'une incision d'un fascia,
puisqu'une insuffisance d'une veine perforante de Cockett avait été
mise en évidence sonographiquement. Une année auparavant, il avait
subi la même procédure du côté gauche et l'ulcération
avait guéri sans séquelles.
Nous avons effectué la dissection endoscopique de la perforante moyenne
en même temps que l'incision du fascia avec l'aide d'un laser NeodymYag
de la jambe droite en anesthésie spinale. Après avoir préparé
l'espace sous-fascial, nous avons effectué une coagulation de la perforante
de Cockett moyenne avec une puissance de 160 joules. La perforante que nous
avons disséquée entre les deux compartiments postérieurs
était élargie à un diamètre de 6 mm. Puis, l'intervention
s'est achevée par l'incision du fascia jusqu'au niveau de la malléole
interne avec une puissance de 20 W qui a été appliquée
pendant 5 secondes, ce qui correspond à une puissance totale de 100 joules.
On se serait attendu à ce que l'ulcération guérisse après
6 semaines (Fig. 1).
Malgré une thérapie de compression satisfaisante, l'ulcération
restait quand même purulente. De plus, le patient signalait une douleur
constante dans la région de la plaie et de la face postérieure
de la jambe. La douleur se caractérisait par le fait qu'elle était
indépendante de l'exercice. Afin d'éclaircir l'étiologie
de la pathologie, une phlébographie fut effectuée - procédure
qui révéla une veine tibiale postérieure dans le tiers
distal de la jambe qui était dilatée à un diamètre
de 8 mm. La tomodensitométrie montrait une fistule artério-veineuse.
L'angiographie digitalisée par soustraction qui fut réalisée
avec une aiguille fine d'injection révéla une fistule entre l'artère
et la veine tibiale postérieure, localisée 4 cm au-dessus de l'articulation
tibio-astragalienne (Fig. 2).
L'effet hémodynamique, provoqué par la fistule, avait - du
point de vue morphologique - causé une ligne serpentine de l'artère
tibiale postérieure. Il en résultait également une augmentation
du flux sanguin, ce qui se confirmait par l'auscultation d'un son mécanique.
C'est au mois d'octobre 1995 qu'une embolisation percutanée avec quatre
volutes de platine fut réalisée avec succès (Fig.
3). A partir de la procédure, le patient n'éprouvait plus
de douleurs. L'ulcération a complètement cicatrisé.
DISCUSSION
En
ce qui concerne la complication post-opératoire, il s'agit en effet d'une
macrofistule hyperdynamique qui a probablement été provoquée
par un dégât thermique, causé par le rayon laser, utilisé
lors de la dissection de la perforante.
C'est dans le domaine de l'angiologie que les fistules artério-veineuses
sont bien connues comme complications des cathétérismes fémoraux,
les thrombectomies à cause des thromboses ilio-fémorales [14],
après des réimplantations d'extrémités [8] et des
lésions perforantes [6, 12]. Dans la période entre 1973 et 1992,
73 % de toutes les lésions vasculaires, c'est-à-dire patients
qui ont été traités dans la clinique universitaire de Göttingen,
doivent être considérées comme iatrogènes. L'apparition
spontanée d'une fistule artério-veineuse chez un malade, atteint
d'athérosclérose oblitérante des extrémités,
a également été décrite [14] dans la littérature.
Poser le bon diagnostic de microfistules en utilisant l'angiographie digitalisée
de soustraction représente un problème sérieux, car le
procédé de soustraction peut annuler la visualisation de fistules
si la différence de contraste est trop minuscule. En ce cas, il faut
recourir à la technique de l'angiographie traditionnelle. L'ultrasonographie
duplex peut également contribuer à poser le diagnostic. L'apparence
d'une fistule artério-veineuse se caractérise par une perte du
spectre physiologique tricyclique des fréquences.
L'occlusion d'une fistule artério-veineuse peut s'effectuer d'une manière
opératoire. Chez le patient dont nous venons de présenter le cas
clinique, l'intervention chirurgicale n'était pas réalisable,
parce que nous aurions été obligés d'exécuter l'incision
dans une peau atteinte de troubles trophiques. Par conséquent, la méthode
de l'embolisation percutanée était la technique à choisir
de préférence. En ce qui concerne sa mise en application, il y
a une grande offre de matériaux à disposition [5]. Le choix du
matériel convenable dépend principalement de la localisation et
de la dimension de la fistule. Il faut également considérer, s'il
s'agit soit d'une oblitération au niveau artériel, capillaire
ou veineux soit d'une occlusion permanente ou temporaire [11]. Les expériences
de laboratoire, réalisées sur l'animal, ont démontré
que les matériaux synthétiques, à base de cyanoacrylate,
ont un effet cancérigène [9]. Il y a deux raisons pour lesquelles
nous avons choisi les volutes de platine, d'une part à cause de la dimension
de la fistule et d'autre part afin de conserver la structure des vaisseaux périphériques.
Lors de la dissection endoscopique de la perforante, il faut mentionner d'autres
complications qui se produisent et qui ont également été
décrites dans la littérature médicale. La complication
la plus fréquente que l'on puisse rencontrer est l'apparition d'hématomes
sous-fasciaux [2], complication qui peut parfois aboutir à des enraidissements
de l'articulation tibio-astragalienne. Fischer [2] a décrit une lésion
du nerf tibial. Par comparaison avec la méthode chirurgicale traditionnelle,
la fréquence des désordres de cicatrisation a considérablement
diminué surtout chez les individus, atteints de troubles trophiques prononcés.
Lang [7] a publié une fréquence des désordres de cicatrisation
qui correspondait à 3 %. Dans notre groupe de patients, nous avons pu
observer un taux de nécroses de la peau de 1,6 %. Ce sont 80 patients
qui se sont soumis à la dissection endoscopique de la perforante, dont
deux souffraient d'une nécrose de la peau. Des hématomes extra-fasciaux
se rencontraient chez 4 patients et des épanchements de sang sous-fasciaux
chez un patient. Quatre individus souffraient des désordres de sensibilité.
Lang [7] fit un rapport d'une fréquence de 17 % de désordres de
sensibilité qu'il put observer, ce qui correspond à un taux de
complications beaucoup plus élevé. A part une embolie pulmonaire
périphérique que nous étions capables de traiter d'une
manière conservatrice sans pouvoir mettre en évidence une phlébo-thrombose,
c'est une brûlure du troisième degré qui se produisit autour
du site d'introduction du tube.
La sélectivité du procédé endoscopique représente
un avantage fondamental par rapport à la méthode d'opération
traditionnelle. La dissection des perforantes à l'aide d'un instrument
[2] de dissection ou bien à l'aide de coagulation [4] n'a apparemment
pas d'influence sur le taux de complications opératoires.
Il existe aussi d'autres complications thermiques spécifiques qui se
manifestent lorsque d'autres procédés endoscopiques sont mis en
uvre [10].
Finalement, il reste encore une question à discuter : l'utilisation d'un
scalpel ultrasonore [16] diminuera-t-elle les complications ? La superficie,
exposée à des dégâts thermiques, est plus petite
que ne l'est celle de la chirurgie électrique. Les températures
qui sont générées ne doivent pas dépasser 60 ou
80 degrés [1].
| CONCLUSION Une fistule artério-veineuse - complication qui s'est manifestée après une dissection endoscopique d'une perforante à l'aide d'un rayon laser NeodymYag - n'a jamais été décrite dans la littérature jusqu'à présent. En ce qui concerne le taux total des complications, il faut souligner que la dissection et la fasciotomie des perforantes à l'aide d'un rayon laser doivent être considérées comme une méthode sûre pour le traitement de l'insuffisance veineuse chronique. Nous venons de présenter le cas d'un patient qui souffrait d'une fistule artério-veineuse après s'être soumis à une dissection de la perforante de Cockett avec un rayon laser, parce qu'il est important de démontrer que les dégâts thermiques ne se limitent pas uniquement à la chirurgie de haute fréquence. Il est nécessaire de considérer la manifestation d'une fistule artério-veineuse iatrogène après une opération endoscopique chez un patient qui présente des douleurs, indépendantes de l'exercice, et des ulcérations qui ne cicatrisent pas dans une période normalement prévue. Afin d'établir le bon diagnostic, il faut mettre en valeur l'examen clinique et l'auscultation. |
1. Amaral J.F. Ultrasonic
dissection. Endos Surg Allied Technol 1994 ; 2 : 181.
2. Fischer R., et
al. Erfahrungen mit der endoskopischen Perforantensanierung. Phlebologie
1992 ; 21 : 224-9.
3. Hauer G., et al. Endoskopische subfasziale Diszision der Perforansvenen.
Der Unterschenkel. Aktuelle Probleme in der Angiologie 44 : 187-92. Brunner
(Herausgeber) Huber, Bern, Stuttgart, Toronto, 1988.
4. Jugenheimer M., et al. Ergebnisse der endoskopischen Perforansdissektion.
Der Chirurg 1995 ; 62 : 625-8.
5. Kauffmann G.W., Richter G.M. Embolisationsmaterialien. Günther R.W.,
Thelen (Herausgeber). Interventionnelle Radiologie Thieme Stuttgart, New York,
1988.
6. Khoury G., Hajj H., et al. Penetrating trauma to the carotid vessel.
Eur J Vasc Surg 1990 ; 4 (6) : 607-10.
7. Lang W., Böckler D, et al. Endoskopische Dissektion der Perforansvenen.
Der Chirurg 1995 ; 66 : 131-4.
8. Matsubara J., et al. Arterio-venous fistula formation after hand replantation.
Jpn
J Surg 1983 ; 13 : 3.
9. Matsumoto T., Heisterkamp C.A. Longterm study of aerosol cyanoacrylate
tissue adhesive spray : carcinogenicity and other untoward effects. Amer
Surg 1969 ; 35 : 825-7.
10. Melchior H. Gefahren der Electrochirurgie. Der Chirurg 1975 ;
46 (8) : 370-3.
11. Peters P.E., Cramer B.M., et al. Embolisation von Tumoren und Blutungen.
Friedman G., et al. (Herausgeber) Interventionnelle Methoden der Radiologie.
Schnetztor Verlag Konstanz, 1989.
12. Sastic L.M., et al. Traumatic intercostal arterio-venous fistula with
pseudoaneurysm : a case report. Del Med J 1984 ; 56 (10) : 581-3.
13. Torngren S., Swedenborg J. Thrombectomy and temporary arterio-venous
fistula
for iliofemoral venous thrombosis. Int Angiol 1988 ; 7 : 1.
14. Vallance R., Quin R.O., et al. Arteriovenous shunting complicating occlusive
atherosclerotic vascular disease. Clin Radiol 1986 ; 37 (4) : 389-93.
15. Waleczek H., Recknagel S., Hegelmaier C., Wölk G. Temperaturentwicklung
bei bipolarer Hochfrequenzkoagulation am Appendixstumpf. Der Chirurg
1993 ; 64 : 1036-9.
16. Witzigmann H., Otto M., Hauss J. Ultraschallskalpell in der laparoskopischen
Chirurgie. Der Chirurg 1996 ; 67 : 455-7.