Nous rapportons l'observation
d'un adolescent de 16 ans ayant présenté une thrombose veineuse
profonde ambulatoire des deux membres inférieurs étendue aux veines
iliaques externes et primitives. Le bilan étiologique a révélé
un syndrome des anti-phospholipides se résumant à la présence
d'anticorps anti-beta2 glycoprotéine1. Cette observation permet donc
de souligner l'importance d'un bilan complet répété de
thrombophilie devant toute thrombose inhabituelle du sujet jeune a fortiori
dans les cas où aucune autre cause évidente n'est individualisée.
Mots-clefs : maladie thrombo-embolique, antiphospholipides.
OBSERVATION
A. B..., âgé de 16 ans, s'était plaint de douleurs
lombaires et des deux fosses iliaques le 12 avril 1998. Une semaine plus tard,
la température était à 39° avec des frissons. Il n'y
avait pas de signe fonctionnel urinaire ni de foyer infectieux clinique. L'examen
clinique était sans particularité. Néanmoins, la biologie
révélait une protéinurie à 0,97 g/j avec une hématurie
microscopique, une hypoalbuminémie à 35 g/l et une fonction rénale
normale (créatininémie à 77 mumol/l). Il existait une hyperleucocytose
(12 700 leucocytes/mm3) et un syndrome inflammatoire (vitesse de
sédimentation à 27 mm à la 1re heure, C Réactive
Protéine à 159 mg/l et fibrinogène à 5,6 g/l). L'échographie
rénale était normale.
Les antécédents notables associaient : un poids de naissance à
terme de 1 900 g, une communication interventriculaire fermée spontanément
vers l'âge de 5-6 ans, une hypercholestérolémie diagnostiquée
vers l'âge de 8-9 ans, un plâtre cruro-pédieux pour une fracture
du tibia gauche pendant 4 mois à 12 ans sans complication thrombotique.
Une tante maternelle avait eu une phlébite après un stripping
vers 30 ans ainsi qu'un oncle paternel dans un contexte ambulatoire à
40-45 ans. Il n'y avait pas d'autre facteur de risque vasculaire. Le seul traitement
pris était de la Tolexine*, aucune complication thrombotique n'étant
signalée pour cette molécule.
Douze jours après le début de la symptomatologie, le membre inférieur
droit a augmenté de volume et est devenu douloureux et inflammatoire
avec, ensuite, une douleur du flanc droit. Il n'y avait pas de dyspnée.
La température était à 38,2° et la pression artérielle
à 14/7. L'abdomen était souple et indolore. Le réseau veineux
des membres inférieurs et supérieurs était cliniquement
normal ainsi que l'auscultation cardiopulmonaire. Il n'y avait pas de signe
d'insuffisance cardiaque notamment droite ni d'dème des membres
inférieurs. Tous les pouls étaient perçus, de façon
symétrique, sans souffle sur les trajets vasculaires. Les aires ganglionnaires
étaient libres, le foie et la rate de taille normale. Le morphotype était
sans particularité.
L'échographie-Doppler veineuse des membres inférieurs a objectivé
une thrombose fémorale superficielle, fémorale profonde, iliaque
externe et primitive droite sans visualisation de la veine cave inférieure.
La phlébographie n'a pas permis de mieux préciser la limite proximale
de la thrombose. Cette dernière s'est étendue secondairement en
rétrograde au membre inférieur gauche : en iliaque primitif et
externe puis en fémoral superficiel et profond gauche (échographie-Doppler).
Le scanner abdominal a montré une très petite veine cave rétrohépatique
avec de nombreuses collatérales, une thrombose de la veine rénale
gauche et des 2 veines iliaques, des collatérales sus-pubiennes. Les
néphrographies précoces et tardives étaient normales ainsi
que le reste de cet examen. L'aspect hypodense cerné des veines était
en faveur d'une thrombose récente. L'importante collatéralité
faisait évoquer l'hypothèse d'une anomalie ancienne de la veine
cave. Le déroulement sans difficulté ni complication du cathétérisme
de cette veine cave en période néonatale, cathétérisme
justifié par la communication interventriculaire, n'était pas
en faveur de cette éventualité.
La radiographie de thorax et l'électrocardiogramme étaient normaux.
Le bilan biologique standard (NFS, plaquettes, ionogramme sanguin, fonction
rénale, albuminémie, bilan hépatique, bilan de coagulation,
électrophorèse des protéines sériques) était
sans particularité. La vitesse de sédimentation était à
70 mm à la 1re heure et la C Réactive Protéine
à 197 mg/l.
Le bilan de thrombophilie était négatif (antithrombine, Protéines
C et S, Résistance à la Protéine C Activée, Facteur
V Leiden, gène 20 210 de la prothrombine, antiprothrombinase, anticardiolipines
IgG et IgM, homocystéinémie à jeun [12 mumol/l]). Les tests
immunologiques étaient également négatifs (facteurs rhumatoïdes,
facteurs antinucléaires, anticorps anticytoplasme des polynucléaires).
Aucun germe n'a été isolé (ASLO, 3 hémocultures,
examen cyto-bactériologique des urines). L'échographie cardiaque
transsophagienne était normale sans végétation évocatrice
d'endocardite.
L'évolution clinique et biologique a été rapidement favorable
avec une anticoagulation par héparine, relayée par un traitement
par antivitamine K. Un traitement par Augmentin* institué initialement
a été vite interrompu. Une échographie-Doppler veineuse
de contrôle réalisée à 6 mois a conclu à une
reperméation correcte sans reflux séquellaire en fémoro-poplité.
La recherche rétrospective d'anticorps anti-beta2 glycoprotéine1
(anti-beta2 GP1) en novembre 1998 s'est révélée positive
sur le sérum d'avril 1998 à 35 UA/l en classe IgG (taux significatif
au-dessus de 15 UA/l) alors qu'il n'y avait ni antiprothrombinase, ni anticardiolipines.
La recherche d'anticorps anti-beta2 GP1 IgM était négative. Les
résultats étaient similaires en décembre 1998 et juin 1999
avec un taux d'anticorps anti-beta2 GP1 IgG à 110 et 55 UA/l respectivement.
Cette anomalie a permis le diagnostic de syndrome primaire des antiphospholipides
et a fait porter l'indication d'une anticoagulation au long cours avec des INR
compris entre 3 et 3,5. Après un suivi de 16 mois, l'état général
est excellent sans séquelle post-thrombotique, sans argument pour une
néoplasie et sans critère de maladie lupique.
| R É F É R E N C E S |
1 - Cabral A.R., Amigo M.C., Cabiedes J., Alarcon-Segovia D. The antiphospholipid/cofactor
syndromes : a primary variant with antibodies to beta2-glycoprotein-I but no
antibodies detectable in standard antiphospholipid assays. Am J Med 1996
; 101 : 472-81.
2 - Piette J.C. Towards improved criteria for the antiphospholipid syndrome.
Lupus 1998 ; 7 (suppl. 2) : 149-57.
3 - Gomez-Pacheco L., Villa A.R., Drenkard C., Cabiedes J., Cabral A.R.,
Alarcon-Segovia D. Serum anti-beta2-glycoprotein-I and anticardiolipin antibodies
during thrombosis in systemic lupus erythematosus patients. Am J Med 1999
; 106 : 417-23.
4 - Khamashta M.A., Cuadrado M.J., Mujic F., Taub N.A., Hunt B.J., Hughes
G.R.V. The management of thrombosis in the anti-phospholipid-antibody syndrome.N
Engl J Med 1995 ; 332 : 993-7.
5 - Piette J.C., Wechsler B. Syndrome des antiphospholipides. Un traitement
mieux codifié. Press Méd 1997 ; 26 : 108-9.
6 - Piette J.C., Piette A.M. Management of the antiphospholipid syndrome
: main trends, unsolved questions, practical and educational aspects. Ann
Méd Interne 1996 ; 147 (suppl. 1) : 28-31.