Une COMPRESSION... FORTE !!!

COMPRESSION... INTENSE !!!

M.A. BEAUJEAN

219, rue des Wallons 4000 LIÈGE Belgique


Le premier geste médical que les hominidés préhistoriques ont certainement conçu est de comprimer manuellement un endroit douloureux de leur corps.

Une pathologie veineuse spécifique des membres inférieurs, liée à l'orthostatisme, s'est affirmée au cours des millénaires depuis l'« Homo Erectus ». Sur des bases empiriques, Hippocrate enseignait déjà des directives techniques de pose de bandages thérapeutiques jambiers. Depuis l'Antiquité, de nombreux procédés de soins furent imaginés, jusqu'aux « bandes molletières » imposées aux fantassins belges et français en vue des « marches forcées » avec « armes et bagages à dos » et ce jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale.

Les fondements physiologiques des méthodes de contention ou/et de compression contre la stase veinolymphatique du secteur sous-diaphragmatique ne furent rationnellement établis qu'après le milieu du xxème siècle. Il reste néanmoins aberrant que ces bases essentielles et simples à comprendre et à appliquer [1, 2] restent aussi souvent peu ­ voire mal ou pas ­ enseignées au cours des études tant médicales que paramédicales : les informations à ce sujet circulent encore fréquemment entre collègues, par colportage de « recettes techniques traditionnelles et approximatives ». Cette situation de fait débouche soit sur des directives de soins inefficients ­ voire délétères ­ et inutilement coûteux, soit sur des catastrophes physiques pour les patients... et judiciaires pour leurs auteurs, comme le cas rapporté ci-dessous.
Il s'agit d'un patient de 69 ans, sans artériopathie cliniquement significative mais ayant mentionné un épisode antérieur de « phlébite » ­ d'ailleurs documentée de façon peu précise ­ au membre inférieur gauche. Après traumatisme, il bénéficie d'une ostéosynthèse du grand trochanter et du fémur gauches, laquelle nécessite une grande incision et un drainage local postopératoire. La pose d'une bande élastique compressive « antistase » est prescrite... et appliquée par un stagiaire paramédical sur les 2 membres inférieurs. Lorsque le patient signale des douleurs intéressant l'ensemble du membre inférieur gauche, des antalgiques majeurs sont d'abord administrés.

Fig. 1. ­ Lésions « apparemment superficielles » du pied gauche 12 heures après pose de la bande

Vu la persistance des plaintes, les bandages compressifs sont enlevés, environ 12 heures après leur pose. On découvre alors des lésions « apparemment superficielles » (Figs 1-2) qui, dès les 48 heures suivantes, s'avèrent être beaucoup plus entreprenantes en profondeur, dans les téguments, surtout à gauche. Elles évoluent vers une nécrose totale de l'épaisseur des téguments, aux endroits typiques de faible rayon de courbure des structures (Figs 3-5). Cette catastrophe iatrogène, qui s'est finalement soldée par une amputation sous le genou, est consécutive à une surveillance médicale insuffisante avec interprétation erronée de la douleur postopératoire mentionnée par l'opéré. De surcroît, le stagiaire paramédical ignorait le sens de la « Loi de Laplace », la bonne technique de pose d'un bandage compressif et les risques de son geste. La bande élastique utilisée n'avait pas de « repères de calibrage » de l'intensité de la compression effectivement exercée.
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Figs 2-5. ­ Les lésions « apparemment superficielles » (12e heure après pose
de la bande élastique) du pied gauche (Fig. 2) se révéleront beaucoup
plus graves et profondes (Figs 3, 4 et 5)

Une bonne information objective, tant physiologique que technique, sur les problèmes de contention médicalisée ou/et de compressothérapie bien adaptée des membres inférieurs, apparaît de nos jours encore assez lacunaire aux divers échelons du personnel soignant.


Références
  1. Hohlbaum G.G. The Medical Compression Stocking. Ed. Schattauer, Stuttgart-New York, 1989.
  2. Partsch H., Rabe E., Stemmer R. Traitement compressif des membres. Éds Phlébologiques Françaises, 2000.

©Editions Phlébologiques Françaises